L’archiprêtre Nikolaï Gourianov : guide spirituel et starets de la Russie moderne
Partager
Une lumière dans les ténèbres de la persécution soviétique
Guide spirituel, pasteur et l’un des anciens les plus vénérés de l’Église orthodoxe russe à la fin du XXe et au début du XXIe siècle
Jeunesse et formation (1909-1930)
Nicolas Alexeïevitch Gourianov est né le 24 mai 1909 dans le village de Choudskie Zakhody, dans la province de Saint-Pétersbourg. Son père, Alexeï Ivanovitch, était chef de chœur à l’église, tandis que sa mère, Ekaterina Stefanovna, était une femme pieuse qui gérait le foyer et contribuait à élever les enfants. Lorsque son père mourut en 1914, toute la responsabilité de la famille retomba sur ses épaules.
Dès l’enfance, Nicolas fut élevé dans le cadre des traditions chrétiennes. Il servait avec joie dans l’église du village de Kobyliè Gorodichtché, on lui apprit à prier et il aimait écouter les chants liturgiques. De temps à autre, lorsque des pèlerins de la région se réunissaient pour visiter des lieux saints, Nicolas les accompagnait.
Adolescent, il reçut la bénédiction de visiter l’île de Talabsk (des années plus tard, cet endroit deviendrait son foyer et le lieu de ses travaux spirituels). Vers 1920, le recteur de l’église où Nicolas servait l’emmena dans la ville de Pskov. Leur chemin traversait la surface lisse du lac. Sur l’île de Talabsk, ils s’arrêtèrent pour rendre visite à l’ancien clairvoyant Mikhaïl. Accueillant ses visiteurs, l’ancien donna au prêtre une petite prosphore (pain eucharistique), mais il en donna une grande à Nicolas : un signe prophétique du grand travail spirituel qui l’attendait.
Études et première persécution
À sa majorité, Nicolas s’inscrivit dans une école normale de Gatchina. Après avoir obtenu son diplôme, il poursuivit ses études à l’Institut pédagogique de Léningrad.
Nicolas se distinguait par un caractère volontaire. En 1929, animé par son zèle pour le Seigneur et ses convictions spirituelles, il exprima publiquement et avec véhémence son indignation face à la fermeture de l’une des églises de la ville. Cette prise de position courageuse, contraire à l’idéologie et à la politique du Parti communiste, suscita le mécontentement, et l’administration de l’institut exclut N. Gourianov des étudiants.
Pendant quelque temps, Nicolas enseigna la physique, les mathématiques et la biologie dans une école de la ville de Tosno, et servit comme lecteur dans l’église du village de Remda.
Prisonnier de la vérité et de la conscience (1930-1942)
La persécution des chrétiens déclenchée par les autorités athées ne l’épargna pas. En mai 1930, il tomba entre les meules de la machine répressive de l’État : Nicolas fut accusé d’activité contre-révolutionnaire et exilé pendant deux ans hors du territoire de la République soviétique de Russie. Arrivé en RSS d’Ukraine, dans le village de Sidorovitchi, il manifesta de nouveau son activité religieuse : il trouva un emploi de lecteur.
Bientôt, des « citoyens vigilants » signalèrent aux autorités que Nicolas Alexeïevitch menait une agitation malsaine, corrompait les gens avec des récits sur Dieu et recrutait des jeunes dans le chœur de l’église. Ces signalements ne passèrent pas inaperçus. En mars 1931, N. Gourianov fut arrêté dans le cadre de l’« affaire des koulaks ».
Au cours de l’enquête, il apparut que l’accusé Gourianov ne possédait aucun bien, mais seulement des rhumatismes. Et l’accusé lui-même ne reconnut pas sa culpabilité. Entre-temps, la question des biens n’était pas prioritaire : après tout, l’affaire concernait la propagande antisoviétique.
En août 1931, Nicolas fut condamné à trois ans d’exil dans le Territoire du Nord. Il se retrouva ainsi à Syktyvkar, où il participa à la construction d’une voie ferrée. Il devait parfois travailler dans une eau glacée, qui causait la mort de prisonniers. Travaillant dans ces conditions inhumaines, Nicolas ruina sa santé. En outre, il se blessa aux jambes en travaillant avec des traverses de chemin de fer.
Selon certaines sources, il fut libéré en 1937, et selon d’autres, en 1942. Après sa libération, Nicolas Alexeïevitch, qui n’avait pas le droit de vivre à Léningrad, fut exilé hors de la ville. Pendant un temps, il travailla comme instituteur dans le district de Tosno.
Le sacerdoce (1942-1958)
Pendant la Grande Guerre patriotique (Seconde Guerre mondiale), N. Gourianov, en raison de sa maladie aux jambes, ne fut pas mobilisé dans l’armée. Durant l’occupation nazie, il fut envoyé de force dans les États baltes.
En février 1942, le métropolite Serge de Vilnius l’ordonna diacre, puis, quelques jours plus tard, prêtre.
En 1942, il acheva des cours de théologie dans la ville de Vilnius. Il servit ensuite quelque temps au monastère féminin de la Trinité-Saint-Serge de Riga, puis au monastère du Saint-Esprit de Vilnius.
À partir de juillet 1943, le père Nicolas exerça les fonctions de recteur de l’église Saint-Nicolas, située dans le village de Gegobrosty. Selon les souvenirs de ses contemporains, les paroissiens le traitaient avec un grand respect ; le pasteur lui-même les traitait avec beaucoup de bonté, d’amabilité et de sollicitude. Ils notent que, malgré la pauvreté de la paroisse, celle-ci se distinguait par son bon ordre. Même s’il était difficile de trouver les moyens nécessaires à la réparation et à l’entretien de l’église, celle-ci était belle grâce à l’aide de Dieu.
De 1949 à 1951, le père Nicolas étudia par correspondance au séminaire théologique de Léningrad. Après l’avoir terminé, il poursuivit ses études à l’Académie théologique de Léningrad, mais n’y étudia qu’une année.
En 1956, le père N. Gourianov reçut le rang d’archiprêtre.
La vie sur l’île de Talabsk (1958-2002)
En 1958, sur ordre des autorités ecclésiastiques, il fut transféré dans le diocèse de Pskov. Pour des raisons d’économie ecclésiastique et en tenant compte du désir du père Nicolas lui-même, il fut nommé recteur de l’église Saint-Nicolas, située sur l’île de pêcheurs de Talabsk, dans le lac de Pskov — la même île où l’ancien clairvoyant lui avait autrefois remis la grande prosphore. Le père passa plusieurs décennies de sa vie sur cette île.
Le père Nicolas s’installa à la périphérie de l’île, dans une minuscule maison, avec sa mère, Ekaterina Stefanovna. Les frères de l’ascète avaient péri au front, et lui, du mieux qu’il pouvait, apaisait le chagrin de sa mère, tandis qu’elle aidait son fils bien-aimé de son mieux.
Au début, le père Nicolas éveilla la méfiance de la partie non croyante des habitants de l’île, mais avec le temps, les gens virent en lui un serviteur de Dieu zélé et humble. Il servait seul, préparait lui-même les prosphores et réparait lui-même l’église. Il lui arrivait de célébrer les offices dans une église vide. C’était difficile et, un jour où il était tourmenté par de fortes inquiétudes, un petit enfant, comme s’il pénétrait dans la conscience du sage, lui demanda de ne pas partir. Le père Nicolas perçut ces paroles comme la voix de Dieu et reprit courage.
En plus de ses devoirs pastoraux, le père s’efforçait d’embellir l’île, plantant des jeunes plants et les arrosant soigneusement, transportant des dizaines de seaux d’eau depuis le lac.
Souvent, même sans y être invité, il rendait visite aux personnes qui avaient besoin de son réconfort pastoral, de ses paroles et de sa bénédiction. Il arrivait que le père Nicolas s’occupe des personnes âgées et garde les enfants des paroissiens.
Tout cela ne pouvait manquer d’avoir un effet sur les gens. Lorsqu’une habitante écrivit une dénonciation calomnieuse contre le père, les pêcheurs du village, de retour de la pêche, ne lui donnèrent, contrairement à l’usage, aucun poisson. Ils exprimèrent ainsi à la fois leur attitude envers le pasteur et envers la dénonciatrice, qui fut stupéfaite par leur comportement.
Un modèle d’ancienneté orthodoxe
Avec le temps, l’île de Talabsk, à peine visible sur la carte géographique, commença à être officieusement appelée l’île de l’Orthodoxie. La renommée du père Nicolas et de son œuvre se répandit bien au-delà des environs de la terre de Pskov.
En plus du zèle et de l’assiduité, Dieu accorda au père le don de clairvoyance. On raconte que l’ancien indiquait parfois même le sort de personnes disparues sans laisser de trace.
Dans les années soixante-dix, des dizaines de croyants venus des quatre coins de l’immense pays commencèrent à affluer auprès du père. Parfois, en raison de l’afflux important de visiteurs, il ne trouvait même pas une minute pour se reposer. Toutefois, il ne recevait pas tout le monde. Il pouvait parfois poser une question sévère : pourquoi êtes-vous venu ?
Parmi les enfants spirituels du père Nicolas se trouvaient des laïcs, des moines et des prêtres. Il est à juste titre considéré comme l’un des anciens les plus vénérés des XXe et XXIe siècles.
Repos dans le Seigneur
Le 24 août 2002, le père Nicolas Gourianov s’endormit dans le Seigneur. La mort le trouva sur le lieu de ses travaux, sur l’île de Talabsk.
Son héritage spirituel
Le père Nicolas enseignait que « La miséricorde et l’amour ne sont ni faiblesse ni compromis avec le mal. » Il soulignait que les chrétiens sont consacrés à Dieu par le baptême et doivent vivre dans la pureté, conformément à l’Évangile. Le peuple russe reconnut en lui cette pureté évangélique du Christ et ouvrit son cœur, se confiant à la direction de l’ancien.
En la personne du père Nicolas brillait avec éclat une âme russe majestueuse et aimant Dieu, pleine de compassion pour toute la création divine. Il disait que Dieu n’a pas d’orphelins : nous sommes tous les enfants de Dieu. C’est pourquoi il accueillait même les plus grands pécheurs dans leur tristesse et leur joie, et s’affligeait avec eux de leurs chutes comme si elles étaient les siennes.
L’ancien essuyait littéralement les larmes des gens. Personne n’avait honte de pleurer sur son âme qui périssait tout en serrant sa main. Et tant que le cœur n’avait pas épuisé ses larmes et ne s’était pas repenti, le père attendait sans retirer sa main paternelle. Il attendait et priait, apprenant à chacun à prier le Seigneur avec repentir et humilité : « Si vous pleurez et priez pour vos péchés, Dieu vous pardonnera et, peut-être, par votre petite prière, vous aiderez quelqu’un d’autre. »
Sa vie demeure un témoignage puissant de fidélité dans la persécution, d’amour pastoral et du pouvoir transformateur de la prière. Bien qu’il ait quitté cette vie, son héritage spirituel continue d’inspirer les chrétiens orthodoxes du monde entier.